Réussir l’enchaînement des cultures sous serre est un véritable défi ! Car chaque mètre carré compte. D’ailleurs la phrase fétiche des jardiniers et maraîchers : « ma serre est trop petite ! ».
Cette année, nous avons testé un itinéraire technique : le combo Salade-Oignon-Tomate-Patate Douce-Pomme de Terre. Entre records de rendement et enseignements tirés d’échecs cuisants, voici le récit détaillé d’une saison complète.
Un version résumé de cet article est disponible en vidéo !
L’Hiver : Lutter contre la grisaille et préparer le terrain
L’année a débuté sous un ciel « ultra gris », avec un manque de lumière marqué en janvier et février. La serre accueillait alors des oignons bulbilles et des salades, plantés en semaine 45 après une culture d’aubergine et de basilic.

- L’astuce technique : Face à des fanes d’oignons qui tombaient à cause du manque de luminosité, nous avons testé une coupe des fanes entremêlées. Ce test s’est avéré concluant : les plants sont repartis de manière plus trapue et vigoureuse.
- Gestion sanitaire : Un léger mildiou a fait son apparition au démarrage, mais une ventilation rigoureuse a suffi à stabiliser la situation sans recours à l’aspersion.
Dès février, nous avons commencé la récolte du rang central en cébettes, une étape cruciale pour libérer l’espace nécessaire à la plantation des tomates début mars.

Le Printemps : La transition entre oignons et tomates
En mars et avril, la serre a vécu une phase de cohabitation. Les oignons, d’abord récoltés en cébettes, ont ensuite été vendus en bottes de plus en plus grosses.
L’arrivée des tomates : Plantées début mars, les tomates rondes rouges ont profité d’excellentes conditions en avril. Aucun mildiou n’a été déploré à ce stade. Une étape délicate, car il faut planter là où il y a de la place entre les salades et les oignons.

L’Été : Entre pics de production et stress thermique
Le mois de juin marque le début des récoltes commerciales, avec une montée en puissance rapide : de 1,3 kg/m²/semaine à la mi-juin à 2,3 kg/m²/semaine à la fin du mois.
- Le pic de juillet : Nous avons atteint un rendement de 147 kg par semaine pour nos 65 m² (soit 280 % de l’objectif initial).
- Fertilisation naturelle : Face à des signes d’étiolement et un feuillage vert clair en juin/juillet, nous avons appliqué un apport d’urine de vache diluée pour redynamiser les plants.

Le creux d’août : La canicule a provoqué l’avortement de nombreuses fleurs, faisant chuter le rendement à 58 kg/semaine. Pour protéger les plants en fin de mois, un traitement préventif au bicarbonate a été appliqué contre les champignons.
Le revers de la médaille : L’échec de la Patate Douce
Si les tomates ont brillé, la patate douce a été la grande déception de la saison. Plantées avec un mois de retard (mi-mai) à cause de boutures tardives et d’attaques de rongeurs, elles n’ont jamais pu s’imposer. Étouffées par la concurrence des tomates et parties trop tard, leur rendement est resté anecdotique : 1 kg/m², soit seulement 20 % de l’objectif.


L’Automne et l’Hiver : Préparer la relève
En septembre et octobre, les tomates rondes sont restées un produit d’appel essentiel avec un maintien à 55 kg/semaine. À la mi-octobre, un gros chantier de nettoyage a été lancé : coupe des pieds au ras du sol et préparation du sol (grelinette, calcaire, fiente et fumier) sous un paillage de chanvre.
- La revanche contre les rongeurs : Pour la plantation des pommes de terre nouvelles début novembre, nous avons intensifié le piégeage et ajouté du ricin dans chaque trou comme répulsif. Résultat : une victoire quasi totale contre les nuisibles cette année. Très peu de plants de pomme de terre détruits.
- Protection hivernale : Face aux prévisions de gel intense en décembre (jusqu’à -7°C), la culture de pommes de terre, très fragile, a été sécurisée sous un double voile P30.



Bilan du combo gagnant : Salade, oignon, tomate, patate douce, pomme de Terre
Cet enchainement autour de la culture principale de tomate permet de bien valoriser la surface de la serre. Toutefois je peux résumer les points essentiels pour bien tout réussir
- En janvier / février, le pourrissement des salades et le mildiou de l’oignons peuvent faire des ravages. Il faut ventiler tous les jours la serre et ne jamais arroser par aspersion (sauf lors de la plantation). Le reste en goutte à goutte
- Bouturer les patates douces dès janvier, dans un endroit chauffé (25°) et humide (par exemple en mettant une cloche au-dessus des boutures). Pour être en mesure de planter début avril avant que les tomates ne soient trop grandes
- Bien faire la place aux tomates à planter en récoltant les salades et les oignons nouveaux !
- Aller assez vite entre la fin des tomates courant octobre et la plantation des patates nouvelles. Et protéger du gel car cette culture est fragile.
Pour préciser le planning de culture, ci-dessous une infographie reprenant en détail les semaines de plantation.

Au niveau des récoltes, et bien c’est globalement bien réussi aussi. Certes il y a de la perte avec les patates douces. Mais le résultat est à mon sens vraiment intéressant. Sur l’année, nous avons récolté 132€/m2 !

Il est possible de télécharger la version haute définition des infographies de cet article par ici si vous avez besoin de les imprimer :
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