Microferme – Bilan chiffré de mon premier trimestre

Je lance une série d’articles autour de la microferme maraîchère que je mets en place avec mon associé Julien et ma femme Hélène. Cette activité agricole s’intègre dans l’écovillage « Demain en main » (20 hectares) composé aussi de 7 habitats participatifs, d’un centre de formations / ateliers et d’activités d’accueil (auberge populaire, gites écologiques).

Chaque trimestre, je vais faire le point avec vous sur le travail mené et essayer de restituer un maximum d’informations chiffrées pour vous aider dans vos démarches d’installation !

Planche radis carottes en semis direct

Commencer petit... Puis grandir !

J’ai emménagé sur l’écovillage en septembre 2018 en location car pour le moment le collectif « Demain en main » n’est pas encore propriétaire des lieux. La cédante m’a permis de commencer l’activité maraîchère dès janvier 2019 en mettant à disposition une partie des terres agricoles.

Ainsi nous avons décidé cette année de créer un très grand potager ou plutôt une petite ferme maraîchère. Mes inspirations pour la conception de la ferme sont un mélange de Jean-Martin FORTIER (Quebec), Eliott COLEMAN (Etats-unis) et Charles et Perrine HERVE-GRUYER (Normandie) où j’ai réalisé plusieurs stages.

Parcelles du grand potager en février 2019

En 2019, nous mettons en culture 3 jardins composés chacun de 4 planches permanentes de culture plus un jardin pour les vivaces. Le premier jardin (nommé Achillée) est recouvert d’une serre auto construite avec des matériaux de récupération (type tunnel fraisier). Plus d’informations dans l’infographie ci-dessous :

Plan des parcelles de la microferme en 2019

Dans un autre article à venir, je détaillerai les différentes étapes de la conception de la ferme, les plans et le calendrier de production sur les 5 prochaines années. Mais aujourd’hui passons au bilan de ce premier trimestre !

Des papiers, des tableaux et du bricolage pour débuter

Avant d’entrer dans les chiffres, je voulais rapidement expliquer comment j’ai abouti à ces résultats. A l’image de l’article « Faut-il un temps plein pour fonder un écolieu ? », je note chaque jour le temps que je passe dans mon travail de maraîcher. La méthodologie est assez simple, lorsque je termine une tâche seul ou avec d’autre personnes, je note dans mon calendrier la tâche en question, sa durée et qui a travaillé dessus !

Cela donne un sympathique agenda que vous voyez pour jeudi 11 avril dernier à droite. Les initiales « JL », « CrG » sont les personnes qui ont réalisé la tâche.

Ensuite, j’exporte ces données dans un tableau qui me permet de façon automatique de connaître par exemple les heures travaillées à la préparation des jardins, ou bien la productivité d’une planche ou encore si l’autoconstruction de la serre est viable par rapport à un achat neuf !

Bref, passons au bilan de ce premier trimestre 2019 avec les heures travaillées par type d’action. J’ai classé les tâches dans les catégories suivantes :

  • Bricolage infrastructures
  • Préparation des jardins
  • Achats / Livraisons
  • Conception / Organisation
  • Semis
  • Arrosages et serres
  • Paillages / Protections
  • Semis direct
  • Relation administration
  • Repiquage
  • Gestion / Comptabilité
  • Bricolages mécaniques
  • Formation
  • Petits-fruits
  • Aménagements / ornemental
Exemple de suivi quotidien des tâches
Bricolage infrastructure (pignons de serre, assemblages et mobiliers)
Bricolage infrastructure (soudures, assemblages de barres)
Préparation des jardin : balisage, décompactage, calcaire, compost...
Livraison de compost, conception des calendriers de culture, lancement des semis

Au total au premier trimestre, nous avons travaillé 450 heures (452 pour être exact) soit l’équivalent de 75% d’un temps plein de maraîcher (en moyenne 2500 heures par an). A noter que j’ai commencé à réfléchir sur les plans le 7 janvier (catégorie « Conception / Organisation ») et que nous avons commencé à déchaumer la prairie le 25 janvier.

Ce démarrage tardif dans la saison et le fait que nous expérimentons une installation progressive avec un investissement minimal a engendré entre 2 semaines et 1 mois de retard sur les semis.

Comme nous réalisons nous même les serres, il fallait à la fois être au bricolage et aux calculs des quantités à commander et semer. Par chance (et ténacité) nous avons pu installer les premiers semis germés dans ma maison le jour où nous avons posé la bâche de la pépinière !

Le premier poste de travail concerne donc le bricolage des infrastructures du grand potager (196 heures). Durant ce temps nous avons autoconstruit des serres de basse hauteur :

  • Une serre à semis (qu’on appelle pépinière) de 4,5m par 5m au sol (22m²)
  • Une serre de culture de 4,5m par 24m de long (110m²) de faible hauteur
  • Le mobilier de la serre à semis à base de palettes
Serre à semis auto construite

Ce temps peut paraître important, mais nous a permis de réaliser les serres pour un investissement minime tout en ajoutant une dimension esthétique qui me tiens à cœur avec l’utilisation du bois pour les pignons. Dans un prochain article je ferai le point sur les différentes étapes descriptives de ces travaux (conception, soudures, ossatures bois, fixations…).

Le 2ème poste de travail est lié à la préparation des jardins cultivés (73 heures). Nous partons d’une prairie fauchée chaque année depuis plus de 10 ans que nous avons cassée à l’aide du rotavator passé 2 fois (1 heure de travail) pour nous faciliter grandement le travail manuel par la suite. Tout le reste de la préparation des jardins est réalisée à la main : balisages divers (24 heures) et préparation des jardin (48 heures). Pour les différentes étapes techniques, voici ce que comprend la préparation des jardins :

  • Déchaumage de la prairie au rotavator
  • Balisage des espaces
  • Amendement calcaire
  • Grelinette
  • Compost
  • Décaissement des allées
  • Paillage paille
Préparation des planches permanentes de culture

Le 3ème poste de travail concerne les achats et livraisons (60 heures). On y retrouve les aller-retours aux magasins de bricolage et d’horticulture. Il y aussi les achats faits sur Le Bon Coin qui sont parfois à 1 heure de route de la ferme (cuves de stockage d’eau, barres métalliques d’occasion, palettes, …). A noter que le gros du temps est lié à la livraison du compost qui s’est faite début février dans la douleur ! Le camion s’est embourbé et nous avons dû nous mettre à 6 personnes jusqu’à 21h du soir pour le ressortir (presque 30 heures de travail).

Le 4ème poste de travail que j’ai principalement mené seul rassemble tout ce qui est en lien avec la conception et l’organisation de la ferme (45 heures). On y retrouve principalement la réalisation des plans en suivant la méthodologie de design en permaculture (10 heures), les réunions d’organisation (20 heures) et la réalisation du calendrier de production (15 heures).

Le calendrier des cultures nous guide chaque semaine sur les activités à mener

Enfin, les 17% d’heures restantes (77 heures) regroupent plein de tâches différentes et notamment la montée en puissance des activités de production (semis, semis-directs, repiquages, arrosages, …). Au niveau de la gestion comptable et administrative (25 heures), elle concerne l’obtention de la certification Agriculture BIO, les commandes de graines et les échanges avec les institutions (DDTM, Chambre d’agriculture, MSA…).

J’ai rassemblé toutes ces informations dans une infographie que vous pouvez télécharger ci-dessous.

Heures travaillées au 1er trimestre par type de tâche

Ferme collective, ferme conviviale !

Sur les 450 heures travaillées pour ce premier trimestre, mon travail représente 40% du temps. Vient ensuite mon associé avec 20%, ma femme (statut de conjointe collaboratrice) avec 10%, la propriétaire cédante du lieu (5%) et enfin les bénévoles de l’association Demain en main (25%).

Comme je vous le disais au début de cet article, la ferme s’intègre dans l’écovillage et je souhaite transmettre mes connaissances et expériences au personnes intéressées par la production de fruits et légumes basée sur les principes de l’agroécologie, du maraîchage sur sol vivant et de la permaculture. L’association « Demain en main » à pour objectif d’accompagner l’émergence des activités économiques du lieu et de transmettre savoirs et savoirs faires en lien avec les valeurs du projet.

Une journée ferme où les bénévoles de l'association aident à l'installation de l'activité agricole

Durant la période d’installation, ce partenariat est d’une très grande aide pour surmonter d’importants travaux à mener durant des temps relativement courts. D’autant plus que nous réalisons des investissements minimes cette année pour plutôt privilégier l’auto construction. Dans l’infographie ci-dessous vous pouvez consulter l’évolution des heures travaillées chaque mois et la part des bénévoles de l’association (en vert clair).

Heures travaillées à la ferme chaque mois et part des bénévoles de l'association

Pour avoir une bonne dynamique collective, j’ai mis en place plusieurs choses qui exigent un peu d’organisation :

  • Chaque semaine, en fonction de la météo j’envoie un texto aux bénévoles de l’association intéressés par la ferme. J’y précise la date retenue pour « la journée ferme », les ateliers au programme et je demande de m’indiquer qui sera présent pour préparer le repas
  • La veille de la journée ferme, je fais les courses sur le compte de la ferme et je cuisine un grand repas (entrée / plat / dessert) pour les bénévoles. Entre 6 et 15 personnes à nourrir tout de même, soit environ 60€ par semaine de nourriture. Cela me permet de me faire la main pour la future auberge populaire !
  • Le matin à 8h30 nous préparons avec mon associé et ma femme les ateliers du jour à partir du calendrier de production pour pouvoir commencer à 9h30.
  • Entre 9h30 et 17h, je cours à gauche et à droite pour faire en sorte que tout se déroule convenablement. Je veille particulièrement à bien expliquer ce qui est attendu et pourquoi on fait telle ou telle activité. Au fur et à mesure des semaines, les bénévoles apprennent la vie du sol, comment repiquer des légumes, comment faire des semis… La montée en compétence est rapidement visible pour les personnes régulières, c’est super motivant.
  • Nous arrêtons vers 16h pour que tous participent au rangement de la ferme. Cela prend environ une demi-heure, puis je discute avec les personnes qui ont des questions ou bien je fais la visite de l’écovillage en entier pour les nouvelles personnes.

La clé pour une bonne journée : des ateliers variés, un bon repas et savoir lâcher prise sur la « qualité de réalisation » des ateliers. Les bénévoles de l’association ont certes besoin d’être bien encadrés et vont moins vite qu’une personne expérimentée, mais j’aime énormément voir les gens faire par eux même, partir le soir avec quelques plants et commencer chez eux les premiers pas vers leur autonomie alimentaire !

Je vous propose dans l’infographie ci-dessous une frise chronologique du premier trimestre avec une description des ateliers menés durant les journées ferme collective (en vert clair).

Heures travaillées chaque jour et détail des activités collectives

Des semis en voilà !

Pour terminer le bilan de ce premier trimestre, je voulais faire le point sur l’atelier de production de plants dans la serre à semis. Dans l’idée, nous souhaitons être autonomes sur les plants puis au fur et à mesure des années réaliser la récolte et le stockage de nos graines.

Pour cette année, nous avons réalisé des commandes de graine chez des semenciers certifiés Agriculture Biologique car nous ne pouvions pas réutiliser les graines de nos précédents potagers (car il faudrait qu’ils soient certifiés bio). En échangeant avec notre organisme certificateur Bio, j’ai compris que par la suite je pourrai réutiliser sans problèmes mes propres graines.

Pour nous assurer un maximum de succès pour cette année, les plaques de semis sont réalisées dans la pépinière puis mises à germer dans la mezzanine de notre maison, sous une bâche plastique qui permet de créer un effet de serre, d’éviter les arrosages et d’avoir une germination très homogène pour chaque plaque.

Semis entreposés dans la mezzanine de la maison. J'y appose ensuite une bâche plastique pour créer un effet de serre et rendre homogène la germination

Ensuite, nous avons aménagé la serre pépinière pour accueillir un maximum de plaques et de pots le tout recouvert d’un voile de forçage type P30 pour préserver les plants du gel durant la nuit. Comme nous avons commencé tardivement l’installation, les graines ont été livrées le 2 mars et nous avons récupérer le retard que cette semaine. Je pense que ce décalage de quelques semaines se résorbera avec l’arrivée des beaux jours !

Voile de forçage P30 pour protéger les semis du gel durant la nuit

A la fin mars, nous avons réalisé 3 ateliers semis qui représentent près de 4000 plants qui sont résumés dans l’infographie ci-dessous. Les premiers repiquages auront lieu au mois d’avril, et nous verrons bien si les limaces et autres compagnons s’en donnent à cœur joie !

Quantités de semis réalisés au premier trimestre

Microferme, micro dépenses ?

Je pense que vous avez compris que chez nous on aime le bricolage et l’auto construction pour réduire au maximum les investissements. Je vous propose de reprendre ces 3 premiers mois d’installation et de faire le point sur les sommes engagées. Pour cette première année, notre objectif est de vendre les surplus du potager pour rembourser ces achats.

A la fin mars, nous avons dépensé les montants suivants (TTC). Au global cela fait : 2268 euros

  • 2 citernes noires de récupération d’eau (1m3) : 142€
  • Graines : 234€
  • Compost (12 tonnes) : 252€
  • Bâches des serres et divers matériels de fixation : 613€
  • Plaques de semis, semoir, terreau, fleurs : 632€
  • Barres métalliques des serres : 153€
  • Bois des pignons des serres et diverses fixations : 242€

Excepté les graines et le compost, les autres dépenses sont des investissements pour les prochaines années. Les prochaines dépenses pour le 2ème trimestre concerneront un semoir pour les semis directs, et les tuyaux divers pour irriguer les différents jardins car pour le moment je fais tout au tuyau d’arrosage et c’est très long !

Bilan du bilan !

Et bien voilà, vous êtes arrivés à la fin de ce (long) article bilan, bravo ! Si vous souhaitez télécharger comme promis les 5 infographies au format PDF, alors cliquez ci-dessous :

En complément, si vous avez besoin de compléter les chiffres de cet article, j'ai résumé une thèse dédiée à la viabilité économiques des microferme maraîchère. Bonne lecture !

Pour aller plus loin, je propose plusieurs choses qui peuvent vous intéresser. Cela va de la cartographie "Labyrinthe à l'installation" qui peut vous aider à vous y retrouver dans les méandres administratives de l'installation agricole. Il y a aussi l'outil de chiffrage des microfermes maraîchère qui permet de rapidement pré-chiffrer votre projet agricole. 

Enfin, depuis cette année, j'ai lancé des stages pratiques de conception de microfermes en utilisant les principes de la permaculture. Cela se déroule sur 2 jours dans l'écovillage "Demain en main" dont je suis un des fondateurs. 

Je vous remercie pour votre visite et n'hésitez pas à poser vos questions en commentaire. J'y répondrai dès que possible.

Sur ce, je repars voir où en sont mes petits radis / carottes !

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bor
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bor

Ou avez vous trouvez votre semoir SVP? Merci
Val

Denel Denel
Invité

Très impressionnant. Un travail extrêmement précieux. Merci et bravo.

Gabrielle
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Gabrielle

Merci pour le partage et la richesse des informations

taveau aurélie
Invité
taveau aurélie

Un immense merci pour le partage de ces données qui sont une mine d’or et d’informations très intéressantes ! Je suis vraiment sidérée par le fait que vous arriviez à trouver le temps de compiler, mettre au propre toutes ces données en plus de votre travail! C’est chouette qu’il existe des gens comme vous pour nous transmettre ça. Bonne continuation! PS: Y’a t’il des locations vacantes dans votre écovillage?

Vanessa
Invité
Vanessa

Merci pour cet article surper complet et très clair.
J’envisage de m’installer également en micro-ferme en doublant mon activité avec un centre d’éducation à l’environnement (je ne sais pas encore laquelle de ces deux activités sera la principale) et cet article me permet d’y voir plus clair et dédramatise beaucoup mon envie d’installation qui commençait à me paraître insurmontable (partant de zéro).

Alexandre Simon
Invité
Alexandre Simon

Génial ! Je suis, nous sommes dans une phase de réflexion similaire a ce que tu réalises. C’est très inspirant. Tes stages ont l’air intéressant. tu accueilles des woofers ?

François
Invité
François

Wow

Blétry Anita
Invité
Blétry Anita

Bravo pour tous ces détails. Et quel temps vous avez dû passer à faire cet article! Bonne continuation et bons semis!

Stéphane Le Dilavrec
Invité
Stéphane Le Dilavrec

Salut Julien,
Bravo pour ce changement radical et le chemin parcouru. Aussi, merci pour le partage et pour la qualité de rédaction.
Stéphane